Printemps/Été 2020 - Page 3

Kenzo – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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C’était un adieu émouvant du duo Carol Lim et Humberto Leon à Kenzo, chez qui ils ont officié pendant huit ans à révolutionner l’image et les codes esthétiques de la maison parisienne.

Leur ultime show a eu lieu à la salle de concert de Bercy, devant quelques 5 000 personnes venues leur rendre hommage et à qui, ainsi qu’à l’ensemble des fans de la griffe, ils ont dédié une collection hommage au Japon, pays d’origine du fondateur Kenzo Takada, le plus parisien des créateurs japonais.

Hommage au Japon ou plus exactement hommage aux Ama, les célébres pêcheuses sous-marine en apnée japonaises qui, depuis 4 000 ans, plongent au fond de l’océan pour chercher des fruits de mer tels que des crevettes, des oursins ou des perles.

Les influences sportives et celles du vestiaire des Ama sont centrales dans la collection, mêlant des vêtements traditionnellement associés à la mer avec ceux plus modernes et plus techniques.
Ainsi, un ensemble veste/short de couleur pervenche coupé dans un caoutchouc résistant côtoie des survêts, chemises et coupe-vent aux détails et empiècements en filet, clin-d’œil matériel utilisé par les pêcheurs dans leur activité. Plusieurs autres pièces reprennent le motif filet comme sur ces très beaux débardeurs et t-shirts tricotés.

La collection est riche aussi en imprimés, en témoignent celui de la sirène, revisité en solitaire sur un joli débardeur en lin ou en all-over sur d’autres pièces, celui d’une illustration de courtisane en barque tissée en intarsia sur un chandail ou ces motifs qu’on retrouve souvent sur les vêtements portés par les Ama ou les femmes des régions côtières au Japon.

Côté accessoires, Carol Lim et Humberto Leon proposent pour les hommes des sacs filet déclinés en plusieurs coloris irrésistibles pour l’été. L’homme Kenzo ose également couvrir la tête de foulard, à la manière des Ama, une nouvelle manière de montrer que les frontières entre le vestiaire de l’homme et celui de la femme s’estompent chaque jour davantage.

© Photos : Kenzo

Christian Dada – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Chirstian Dada prend un chemin spirituel cette saison et nous amène découvrir l’île de Shikoku, lieu de naissance de son fondateur, le japonais Masanori Morikawa, mais aussi d’itinéraire de pèlerinage unique à travers ses 88 temples bouddhistes, s’étendant sur quelques 1 170 kilomètres.

Voulant retranscrire la beauté de l’île et son empreinte spirituelle, Morikawa a fait de cette collection une sorte de mariage parfait entre les influences Est et Ouest. Ainsi, de longues tuniques et chemises se sont associées à des vêtements outwear (coupe-vent, imperméables, parkas…) aux détails utilitaires et coupés dans des matériaux techniques – n’oublions pas que le pèlerinage est un voyage religieux effectué la plupart du temps à l’extérieur.

De nombreuses références au vestiaire de pèlerinage ou à la culture japonaise parsèment la collection comme ici, des chapeaux coniques portés par les pèlerins, là des silhouettes de kimonos revisitées en t-shirt blanc, porté avec un pantalon cargo, ou en tunique associée à un pantalon de sport oversize muni de zip latéral et de cordons.

Les couleurs neutres, sombres et monochromes sont les vedettes de la collection, dégageant une sorte de mélancolie et de sérénité à la collection. Cependant, Masanori Morikawa a réussi à y infuser une certain ivresse et de liesse spirituelle, avec des éclats de couleurs : un paysage japonais fantastique coloré brodé sur une chemise, un lys rose géant ou un mandala coloré sur d’autres ou un magnifique motif abstrait de rouge et de bleu sur un chandail sans manches.

© Photos : Christian Dada

Lanvin – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Chez Officine Générale, quand Pierre Mahéo citait “Plein Soleil”, il s’agissait du long métrage de René Clément, sorti en 1960 avec Alain Delon, lequel lui a inspiré pour son chic nonchalant des années 50 qu’il a injecté dans sa collection présentée une petite heure plutôt. Chez Lanvin, “Plein Soleil”, titre de la collection, est, pour Bruno Sialleli, synonyme de vacances, de voyage, de loisir et d’amusement, toutes les idées qu’on associe à cette période tant attendue de l’année pour se ressourcer et s’évader et que le créateur essaie de retranscrire dans sa première véritable collection homme depuis sa nomination, au début de l’année, à la tête de la direction artistique de la plus ancienne maison de couture parisienne.

Bruno Sialleli, succédant à Lucas Ossendrijver, qui dessinait les collections homme depuis quatorze ans et qui quittait la maison en novembre dernier, a choisi la piscine art-déco Edouard Pailleron, dans le 19ème arrondissement de Paris, pour présenter sa propre vision estivale.

Son vestiaire idéal pour l’été se traduit notamment par l’uniforme marin et un vocabulaire lié à la mer, en témoignent les premiers looks : des cols marins se greffent par-dessus ceux des vestes, blousons et manteaux à double boutonnage, tout comme l’imprimé baleine qui nage dans une eau bleue, rafraîchissant les quelques débardeurs, t-shirts et chemises.
Cette teinte bleue, synonyme par excellence du thème nautique et de l’évasion, se retrouve tout au long de la collection, dans de nombreuses variations tout aussi ensoleillées les unes que les autres. Ce bleu côtoie joyeusement d’autres teintes qui sont des mantras chromatiques de l’été : jaune soleil, orange, vert, rouge, violet, beige ainsi que des motifs qui sont étroitement liés à la mer : sirènes, étoiles de mer, coquillages, crabes…

Mais la richesse de ses inspirations ne s’arrête pas là. Elles continuent avec l’idée de voyage – voyage fait partie de l’ADN de la marque puis que Jeanne Lanvin fut une grande voyageuse – comme ce gros perroquet coloré sur un long cardigan, tel un clin-d’œil à l’Amérique du Sud, ou drapeaux du monde imprimés sur une coupe-vent ou en patches en velours collés sur des sacs. Il y a aussi des clins d’oeil à l’enfance (les colliers crocodiles en perles ou en forme de sifflets et des imprimés Babar et champignons multiformes sortis tout droit de l’imagination du créateur).

créateur. Ils se traduisent par des grands sacs à dos ergonomiques taillés dans un tissu matelassé, des Chelsea boots et baskets multicolores, des casquettes et chapeaux d’inspiration mexicaine, des sacs en forme de sacs isothermes pour garder nos aliments au frais

Fraîchement nommé mais Bruno Sialelli a réussi à imposer une vision rafraîchissante à la plus ancienne maison de couture de l’Hexagone encore en activité, avec une collection extrêmement riche en inspirations, coupes et imprimés.

© Photos : Lanvin

Officine Générale – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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L’été est la “période que l’on attend impatiemment (…). Quémandant tous les matins un rab de soleil, s’obstinant à s’asseoir en terrasse dès que les journées s’allongent ou se précipitant à l’aéroport au premier week-end prolongé”, notait Pierre Mahéo dans la note du show de sa dernière collection pour Officine Générale.

L’été est aussi les silhouettes légères et décontractées, les coupes confortables, la nonchalance estivale et la manière que le fondateur de la marque détourne les classiques du vestiaire de l’homme en une garde-robe désirable à porter au quotidien.

Il y a de simples chemises blanches à manches courtes qu’on porte avec des baskets en toile minimalistes pour aller chercher du pain à la boulangerie du coin d’un matin ensoleillé. Il y a aussi des chemises/pyjama, à rayures, à carreaux ou aux imprimés palmiers, effets nuages ou tie-dye qu’on choisit pour siroter un verre sur une terrasse d’été. Toutes ces chemises légères, faciles à porter, ont été associées avec des pantalons et shorts amples à la palette monochrome, un denim blanc aux bords bruts, des baskets en toile et des sandales en cuir.

Pierre Mahéo a aussi injecté un chic estival dans sa collection, notamment à travers une série de costumes portés avec beaucoup de souplesse, avec ou sans cravates. Un chic inspiré de ses vacances sur l’île d’Ischia, au large de Naples, et dans les tenues chics des années 50, vues dans le films Plein Soleil de René Clément avec Alain Delon (1960) et Le talentueux M. Ripley, tous deux inspirés du thriller psychologique de Patricia Highsmith.

© Photos : Officine Générale

Hermès – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Hermès de retour, pour une seconde fois, au Mobilier National, ancien garde-meuble de la couronne et l’endroit sert aujourd’hui d’entrepôt de l’ameublement des palais officiels de la République.

Dans la cour du bâtiment Perret, entourée par de de hauts échafaudages, les invités sont conviés à s’asseoir sur des chaises toutes différentes, et de différentes époques, issues des réserves nationales – une métaphore à la capacité humaine à inventer et à créer d’infinies déclinaisons d’un seul et même objet. Cette métaphore est valable chez la maison de luxe français pour ses emblématiques carrés de soie. Véronique Nichanian, la créatrice des lignes masculines d’Hermès, décline cette saison cet emblématique carré en de multiples versions colorées monochromatiques (rose bonbon, bleu Klein, orange, vert, jaune citron…) très désirables noués avec une négligence parfaitement étudiée autour du cou des mannequins qui traversent la cour d’un pas nonchalant. Leur version d’origine, inspirée du monde équestre, se retrouve, elle, imprimée sur des chemises, des t-shirts, des vestes et des blousons bombardiers.

À ses couleurs toniques des foulards, répondent celles des vêtements aux lignes simples et pleine de décontraction. Mais derrière cette apparente simplicité, synonyme d’une “nonchalance estivale”, se cache un raffinement très français, ou plutôt très Hermès façon Véronique Nichanian, qui s’exprime dans l’utilisation des volumes, la douceur des lignes et dans des matériaux nobles et fluides (seersucker, coton, cachemire, soie, toile technique, cuir souple…).

Une élégance discrète et quintessenciée qui en dit long sur l’homme Hermès.

© Photos : Hermès

White Mountaineering – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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White Mountaineering est une marque réputée pour ses vêtements techniques associés aux activités en plein air, il semble évident que la marque ait choisi de défiler non pas à l’intérieur mais sur une allée couverte, reliant les bâtiments, de l’université de la Sorbonne.

Fidèle à son style de bricolage et d’association d’éléments à priori désaccordés, Yosuke Aizawa insuffle à ses pièces une “ambiance discordante”. Comprendre : des vêtements techniques en GORE-TEX associés à des pantalons en lin, des motifs à rayures des imprimés tropicaux saturés de couleurs.

Yosuke Aizawa n’hésite pas non plus à recouvrir aux multi-couches pour souligner les contrastes et donner un certain rythme à la collection, rythme mis en évidence de surcroît par le recours presque systématique aux sangles et cordons lâchés, virevoltant au rythme des pas des mannequins – clin-d’œil aux sports en plein air qui construisent l’ADN de la marque.

© Photos : White Mountaineering

Wooyoungmi – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Passionnée de la musique – comme bon nombre d’entre nous – Katie Chung se tourne de nouveau cette saison vers cet art qui a toujours été sa grande inspiration pour concevoir les collections de Wooyoungmi.

De la musique mais pas n’importe laquelle. C’est dans le City Pop qu’elle a puisé ses inspirations pour la saison prochaine, dans une collection aux accents énergiques à l’image de ce courant musical.

City Pop, késako ? Né au tournant des années 70 et 80, le City Pop qui s’inspire aussi bien de funk, de soul, de disco, que de lounge music, est un “genre” qui se caractérise par le métissage de la musique locale confrontée à des influences globalisées.

Et pour Katie Chung, le City Pop s’apparente, métaphoriquement, à “une plage en ville” ! “Une plage en ville”, la photographie est imprimée ! Ainsi, dès les premiers looks, la comparaison est suggérée dans une série de chemises aux motifs de palmiers imprimés sur différents fonds colorés (jaune, rouge, bleu, vert, orange…), associée à des shorts superposés sur des pantalons de cycliste. La touche est urbaine et résolument jeune. Puis, se suivent des imprimés carreaux, rayures multicolores, de tie-dye et des motifs déco des années 70. Il y a aussi quelques tableaux de David Hockney imprimés sur des sweats à capuche et chemises, une manière de rendre hommage à cet artiste connu pour sa palette de couleurs acidulées et attirantes, comme celle utilisée ici par Katie Chung.

Attirants comme ses vêtements, très facile à porter dont la décontraction s’exprime dans les coupes larges, fluides et parsemées de détails utilitaires.

© Photos : Wooyoungmi

Thom Browne – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Thom Browne investit de nouveau l’école des Beaux-Arts de Paris pour dévoiler sa nouvelle collection, une collection aux airs de cour Louis XIV et de club de sportifs de football américain.

James Whiteside, premier danseur de l’American Dance Theatre, a offert aux invités une magnifique démonstration de danse classique, habillé du premier look de la collection, préfigurant de ce qui vont suivre. Visage couvert de maquillage et vêtu de tutu de tissu gaufré, associé à une veste avec gilet et cravate en trompe-l’œil en seersucker Nouvelle-Angleterre, l’américain danse puis déshabille les huit mannequins, improvisés en statues, pour révéler des costumes en seersucker plus traditionnel en dessous.

Puis, les looks commencent à défiler, dans une succession de silhouettes toutes déjantées les unes que les autres, avec un détail commun : le protège de coccyx porté sur le devant, comme une sorte de jockstrap. Les silhouettes sont parsemées de détails et accompagnées d’accessoires extravagants (un sac à main en forme de chien et de ballons, des armatures de parapluie ou des crinolines revisitées avec des tissus et couleurs chers au créateur). et Tous défilent dans des chaussures à embouts pointus dans des teintes acidulées qui font écho à la palette pastel de la collection.

© Photos : Thom Browne

Sies Marjan – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Le créateur d’origine néerlandaise Sander Lak déserte New York pour Paris où il fait défiler pour la première fois sa marque Sies Marjan, défilé inscrit au calendrier parisien.

C’est au septième étage de l’Opéra de Bastille, avec vue imprenable sur les toits de Paris, que le néerlandais dévoile une garde-robe séduisante, remplie de looks délicats aux couleurs chatoyantes, signature de la marque fondée en 2015.

Sander Lak, qui a notamment fait ses armes chez Dries Van Noten, Philip Lim, Marc Jacobs ou encore Balmain, offre ici des silhouettes qu’il décrivait comme une exploration de la fragilité et de la sexualité masculine. Ses silhouettes, dominées par une palette pastel côtoyant des teintes plus chaudes, s’inscrivent dans une sensualité très fluide, portée par un casting multi-ethnique.

© Photos : Sies Marjan

Loewe – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Pour son deuxième défilé homme de la maison Loewe, l’un des créateurs les plus iconoclastes de la mode, le créateur d’origine irlandaise Jonathan Anderson, retourne au siège de l’Unesco où il nous a ébloui avec sa toute première collection très réussie pour la griffe en janvier dernier.

Autour d’une installation de l’artiste multimédia Hilary Lloyd, les hommes Loewe s’improvisent en babouins de temps moderne. Ils se parent ainsi de djellabas surdimensionnées ou de longues tuniques coupées dans des matériaux qui respirent forcément du confort – certaines surprennent le regard comme celle en tricot rose vif aux bords frangés. Les djellabas prennent ici un nouveau visage plus moderne, avec des versions aux rayures à l’horizontale ou à la verticale et déclinées dans des couleurs pastels ou plus appuyées.

En bons nomades, ils choisissent également de superposer de nombreuses couches amples, de porter de chemises légèrement transparentes, de salopette en daim, de tuniques aux allures marin qu’ils associent à des shorts monochromes. Et ces nomades ne sont rien sans leurs accessoires qui foisonnent dans la collection : des espadrilles en cuir déclinées dans plusieurs coloris aux baskets style chaussures de randonnée, en passant par les petites bottines rayées et une multitude de propositions de sacs aux multiples formes.

L’homme Loewe est décidément un nomade à l’âme romantique.

© Photos : Loewe

Namacheko – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Séduit par la forme poétique et intense d’une vision apocalyptique de la collision de deux mondes antagonistes : la vie urbaine et technologique d’une part et la nature de l’autre racontée dans l’oeuvre culte et expérimentale “Koyaanisqatsi” de Godfrey Reggio, sorti en 1982, Dilan Lurr en avait fait sa principale inspiration pour sa collection PE2020 de Namacheko.

Il a traduit les formes graphiques de gratte-ciels, les paysages, les lumières des villes, des rues de ce long poème sonore et visuel qui ne contient aucun dialogue et aucun personnage en une collection chargée de motifs texturés, des imprimés accrocheurs et des couleurs vives.

Des bandes de couleurs chatoyantes ont été composées en strates pour former un t-shirt, trois bandes de tissu bleues Klein entourent le devant d’un t-shirt ou des franges forment le haut d’un débardeur construit également de trois couleurs différentes. Cette construction reposée sur les contrastes se retrouve dans les pièces tailoring aux détails exagérés, telles les poches surdimensionnées, et marquées par la déconstruction comme ces épaules d’une veste découpées de deux formes rectangulaires.

© Photos : Namacheko

Sacai – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Chez Sacai, la créatrice japonaise Chitose Abe continue d’afficher sa passion pour des silhouettes hybrides aux multiples références, un style qui fait le succès de sa griffe depuis sa création.

Sa construction hybride repose, cette saison, sur le concept de “deux idées similaires fusionnées” qui s’exprime le plus souvent dans un jeu de superposition. Par exemple, cet ensemble gris de veste/short se porte par-dessus d’un autre à rayures composé d’un double chemises (manches longues sous manches courtes)/short ou un t-shirt sur une veste. Ainsi, le tailoring se mêle audacieusement au streetwear, et streetwear au sportswear. Ces jeux de superpositions pour créer des silhouettes hybrides se prolongent dans pleins d’autres looks : on peut citer encore d’une chemise dentelle à un pantalon cargo dans un blanc ton sur ton, un t-shirt sur une veste ou un poncho à manches courtes en denim bleu sur un blouson dans la même matière. Les pièces se parent de détails inattendues dans une démarche de déconstruction – un exercice dans lequel excelle la créatrice depuis des années – comme une bretelle vert militaire qui sort de l’intérieur d’une manche pour se boutonner sur l’autre partie du manteau ou une sangle noir lovée derrière un col.
Tout se joue dans le registre de portabilité, d’hybridation et de déconstruction pour aboutir à la diversité et à la variété.

Chitose Abe fait également plusieurs clins-d’œil au film “The Big Lebowski” des frères Coen via ses phrases cultes qui s’impriment sur les tee-shirts. Elle profite aussi de l’occasion pour dévoiler plusieurs collaborations dont des sneakers hybrides avec Nike, des chemises hawaïennes avec la marque de surfwear nippone Sun Surf et des pantalons d’alpinisme avec le spécialiste Gramicci.

© Photos : Sacai

Balmain – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Dernier défilé de la quatrième journée de la PFW, le show à 21h de Balmain coïncide avec l’heure culminante de la Fête de la Musique qui a lieu chaque année en France, le 21 juin jour de solstice d’été.
La maison parisienne a tenu à célébrer cette fête de rue démocratique par excellence par un show/concert événementiel au Jardin des Plantes, ouvert au grand public.

En effet, Olivier Rousteing a invité une foule de 2 000 personnes – 1 500 places offertes aux personnes qui se sont inscrites sur le site de la marque – à assister à l’événementiel, avec une collecte de fonds aux bénéfices de RED, une organisation soutenue par Bono, le chanteur de U2, pour lutter contre le Sida.

Fidèle à son style flamboyant, Olivier Rousteing avait envoyé sur la grande scène aux allures de celle réservée aux rock stars une centaine de looks, à son image.

La collection de Rousteing regorge de pièces s’adressant à tous ceux qui aiment éblouir, à cette génération de millenials qui n’ont pas peur d’oser, comme lui. Des manteaux entièrement rebrodés de miroirs, des combinaisons argentées, des smokings satinés revisités à l’infini, des blousons de motard en jacquard intarsia multicolore, des t-shirts transparents portés sur un sweat rose à logo Balmain, des boléros en éclats de miroir, d’éblouissants manteaux aux couleurs chatoyantes et une série de pièces aux couleurs pastels, clin d’œil décisif à l’univers de “Miami Vice”.

Une mode décomplexée, ultra énergique portée par le meilleur ambassadeur qui n’est autre que Olivier Rousteing lui-même.

© Photos : Balmain

GmbH – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Les invités de la marque berlinoise GmbH sont invités à se rassembler dans la cour de l’Institut national des Jeunes Sourds de Paris, dans le 5è arrondissement, où ils furent accueillis par des chants monastiques et des percussions et d’instruments à vent orientaux. Ils ont été ensuite embarqués dans une lente croisière, direction l’Inde !

Les membres de l’équipage, qui leur tiendront compagnie tout au long de cette aventure, sont vêtus de vêtements inspirés bien entendu des costumes traditionnels de ce pays plein de mystères et riche de cultures.

Leur look est une subtile alliance entre sportswear, streetwear et tailoring. Leurs épaules ceinturées par des bretelles, dans une sorte de holsters d’épaules en soie, et taille sanglée par une bande de tissu qui remonte vers les épaules de couleur ton sur ton leur font ressembler à des sultans ou des maharajas du temps moderne.

Dans cette partition dominée par des matières fluides et légères à tendance durable et véganes, les motifs richement empruntés à la tradition indienne apportent des ondulations majestueuses comme de somptueuses broderies ou le motif du “troisième œil” pour une touche décidément spirituelle.

En Inde, les couleurs chatoyantes font partie intégrante des vêtements au quotidien. Du rose chair, fushia, rose bonbon, vert mousse, vieux rose, bleu ciel, bleu Klein, autant de couleurs estivales côtoyant des teintes neutres pour charger la collection de messages positifs et d’énergie vibrante.

© Photos : GmbH

Dior Men – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Quelles sont les frontières entre l’art et la mode ? entre l’artiste et créateur ? Comment la mode du présent regarde celle du passé et comme la génération future regardera la mode d’aujourd’hui ? Autant de question que pose Kim Jones dans la collection de Dior Men qu’il a présentée à l’Institut du monde arabe.

Avant d’accéder au chapiteau du défilé, les visiteurs ont dû passer devant une immense horloge érodée – interrogation sur le temps qui passe – puis traverser un bureau reconstitué de Christian Dior, exposant les chaises médaillon Louis XVI, le téléphone et le porte-manteau, autant d’objets appartenus au fondateur de la maison parisienne que l’artiste Daniel Arsham – l’américain, basé à New York, est invité par Kim Jones à travailler sur la collection, notamment sur le décor et sur l’installation inspirée de Monsieur – les qualifie de “Future Relics” (les futures reliques), tel est le nom de la collection.

Autour de quatre lettres du logo Dior volontairement abîmées comme une épreuve du temps, posées sur un sol rempli de sable rose, une des couleurs iconiques de la maison, les hommes Dior Men défilent dans des silhouettes souples, fluides et travaillées comme de la Haute Couture. En témoignent le tailleur oblique, déjà revisité par Kim Jones par deux fois dont la dernière en janvier dernier, fait ici son retour – le motif “Oblique” créé par Marc Bohan dans les années 70 est également appliqué sur une ligne de bagages créée en collaboration avec Rimowa – et ces pièces de combinaison, chemises et shorts en toile de jouy bleu égyptien, avec un motif peint à la main par des artisans de kimono de Kyoto, tout comme ces magnifiques motifs abstrait bleu Klein ou orange, suggérant des fleurs?, peints en plissé sur un t-shirt, un blouson bombardier et un manteau. Il s’agit aussi d’une façon pour Kim Jones de rendre hommage au riche héritage de la maison.

Et puis, il y aussi l’imprimé papier journal utilisé par la maison dans les années 2000, repris ici par Daniel Arsham sur une série de pièces dont le fameux saddle bag. Une version blanc de cet imprimé vintage sur fond transparent a été utilisée pour une chemise et un pantalon. De véritables pièces must-have visuelles pour des éditoriaux de photos.
Le créateur a aussi repris cette saison les longues écharpe drapées flamboyantes qu’il a introduites en janvier dernier, revisitées ici en un rose sculptural ou un dégradé de gris perle à rose que le mannequin traîne majestueusement dans sa démarche décontractée.

L’homme Dior aime également les accessoires qui l’accompagne à chaque look. Sacs à dos, minaudières, petits bagages, boîtes en aluminium portées en bandoulière… autant de pièces convoitées qui feront parler de la maison pendant des mois qui suivent. Une manière de prolonger l’héritage de la maison dans le futur et qu’un jour, la génération à venir les regardera comme des reliques laissés à postérité par Christian Dior… ou Kim Jones !

© Photos : Dior

Comme des Garçons Homme Plus – Printemps/Été 2020 – Paris Fashion Week Homme

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Parue en 1928, Orlando, la biographie imaginaire de Virginia Woolf, raconte l’histoire d’un jeune noble anglais comblé d’honneurs qui, sujet à d’étranges expériences de tomber en profond sommeil pendant plusieurs semaines, se réveille nommé ambassadeur en Turquie puis devient femme et rejoint une tribu de Tziganes. Elle retourne, ensuite, vivre sous les traits d’une femme de lettres dans l’Angleterre victorienne, à l’image de Virginia Woolf.

L’histoire traverse cinq siècles (1588-1928) et propose une réflexion sur la nature de l’homme et de la femme, tout comme elle pose constamment la question sur l’identité sexuelle. Orlando est une biographie où s’abolissent les limites des deux sexes que l’écrivaine s’en sert pour poser un regard critique sur les mœurs de son temps.

Orlando, Virginia Woolf, Rei Kawakubo, ces trois femmes ont un point commun : une volonté de briser les normes sociales pour s’imposer, Virginia Woolf par les mots, Rei Kawakubo par les vêtements comme ici, avec sa collection pour Comme des Garçons Homme Plus.

Comme elle se plaît à le faire depuis toujours, la créatrice brouille volontairement les frontières de sexes et bouscule les conventions de genres. L’homme Comme des Garçons Homme Plus en 2020 s’habille comme une femme, cheveux ondulés des années 20 et perles au cou. Il cultive volontairement l’ambiguïté, en optant pour une garde-robe qui comporte tous les codes du vestiaire féminin (jupes, robes, manches bouffantes, dentelle, volants, manteaux corsetés…) que les femmes peuvent facilement les emprunter.

Il fut un temps où les femmes n’hésitaient pas à puiser dans la garde-robe des hommes pour se démarquer. Le genre masculin a désormais droit, lui aussi, à choisir dans le vestiaire féminin pour s’exprimer leur différence.

© Photos : Comme des Garçons Homme Plus