Automne/Hiver 2019 - Page 3

Sacai – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Sacai Automne/Hiver 2019 - Paris Fashion Week

“Melting Pot”, ce mot imprimé en orange tourbillonne sur un t-shirt bleu à manches courtes, porté sur un ensemble de suvêt en nylon noir résume en quelque sorte tout l’esprit et le message de la collection AH19 de Sacai de la créatrice japonaise Chitose Abe.
“Melting Pot” désigne une société fusionnant différents éléments pour ne former qu’un seul et même ensemble harmonieux avec une culture commune. Ce concept dont le mot est d’origine anglo-américaine n’est pas nouveau dans le travail de Abe. Il est toujours présent et a d’ailleurs contribué au succès de la marque et il est de nouveau présent ici, dans ce télescopage d’influences, cette imbrication de genres, cette fusion d’éléments souvent antagonistes. Chitose Abe montre son attachement au “creuset culturel” à travers un autre mot, ou plus exactement un endroit, qu’elle tient particulièrement : un bar italien situé dans le quartier de Soho à Londres où toutes sortes de gens se côtoient qu’elle a gardé de bons souvenirs lorsqu’elle était étudiante dans cette métropole cosmopolite. Le nom de ce bar légendaire se retrouve ainsi un t-shirt et un sweat. L’unité des peuples à travers les cultures. Voilà un beau programme et appliquée aux vêtements, cela se traduit par des silhouettes hybrides qui montrent l’amour de la créatrice pour une mode sans frontières. Ici, un short en fourrure porté sur un denim; là, du tricot en maille irlandaise greffé au matelassé, un pantalon au motif léopard associé à un trench-coat ou encore ce même motif léopard côtoie drôlement des imprimés floraux aux couleurs très vives.
Ce télescopage de registres et d’influences venues différentes contrées se manifeste tout au long de la collection pour aboutir à un résultat énergique et à un message universel : l’amour, si précieux dans ce monde actuel.

Pigalle Paris – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Pigalle Paris Automne/Hiver 2019 - Paris Fashion Week

Cela s’appelle “une pierre, deux coups”. Stéphane Ashpool profitait de la paris fashion week homme pour inaugurer son “craft studio”, un hub créatif, hybride entre atelier de création, studio d’enregistrement et espace de fête, l’occasion également d’y présenter la collection AH19 de son label Pigalle Paris.
Dans cet espace d’environ 350 mètres carrés, ancienne “miroiterie vitrerie”, situé à quelques pâtés d’immeubles du métro Château-Rouge, la collection a été présentée en trois chapitres, répartis dans différentes parties de la structure.
La première partie, appelée “Hôtel Pigalle”, est inspiré des vêtements d’intérieur : costumes pyjama, peignoirs brodés, manteaux-peignoirs et petits blousons en satin, le tout dans des tons mauves. Le second chapitre, intitulé “Pigalle”, est orienté sportif, incluant pantalons et survêts bicolores sur lesquelles on peut lire “Pigalle” et “Duperré”, deux noms de rues où le fondateur et les jeunes du coin jouent au basket. La capsule comprend également d’autres pièces sportswear, tels un blouson teddy en velour, un ensemble de survêt en PVC, un blouson de motard aux poches zippées ainsi qu’un gilet matelassé argenté.
Et enfin, la troisième partie est consacrée aux pièces aux inspirations plus créatives. Cinq modèles qui mettent en lumière une maîtrise de coupe, autour un jeu d’empiècements, de matières satinées et une palette restreinte de gris, bleu et turquoise.

Balmain – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Balmain Homme Automne/Hiver 2019 - Paris Fashion Week

Quatre-dix huit silhouettes jouant une palette de couleurs restreintes de noir, de blanc, de gris et de bleu denim. La collection d’Olivier Rousteing pour Balmain est plus sobre qu’à l’accoutumée, mais les signatures du créateur, arrivé au poste de directeur artistique de la maison en 2011, qui ont repropulsé la marque sur le devant de la scène sont là, présentes : des références militaires, du denim, des plumes, de la fourrure, des clous, mais étonnamment pas de strass et de paillettes.

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Les silhouettes surfent volontiers sur le genderless où il est difficile de discerner qui sont hommes ou femmes. Les frontières de genres se brouillent, transformant les pièces interchangeables où la femme peut emprunter dans le vestiaire de l’homme et inversement. Un exemple : cette veste en tweed bordé de chaîne en métal ou cette veste au motif pied-de-poule cintrée par une lanière en cuir.

Si le show est inauguré par plusieurs looks de smoking en noir et blanc, la suite retrouve la touche de virtuosité d’Olivier Rousteing : vestes et blousons de motard bi-matières : tweed et cuir, sweat et vestes à franges, jeans lacérés, blousons cloûtés, denim délavé, jersey laqué, teinture tie-dye et j’en passe !

Parmi toutes ces pièces qui témoignent l’esprit décomplexé et flamboyant de l’homme Balmain, il est impensable de ne pas citer les cris de coeur de son créateur. Sur les sweats à capuche, les sacs, les t-shirts, et tant d’autres, Olivier Rousteing imprime, outre le nouveau logo qu’il a dessiné pour la maison, des phrases, telles : “You only know my name, not my story” (Vous ne connaissez que mon nom, pas mon histoire), “Don’t put your blame on me” (Ne rejetez pas la faute sur moi), “Your comments I don’t mind. Hate with passion is love” (Vos commentaires ne me dérangent pas. La haine avec passion, c’est l’amour). Des cris lancés probablement à destination de ses détracteurs qui se cachent parmi les 5,1 millions d’abonnés que compte son Instagram.

Comme des Garçons Homme Plus – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Comme des Garçons Homme Plus Automne/Hiver 2019 - Paris Fashion Week

Il y a des créateurs qui aiment l’élégance de la douceur et d’autres préfèrent la transgression ou une certaine noirceur pour faire passer un message. C’est le cas de la japonaise Rei Kawakubo qui, pour son label Comme des Garçons Homme Plus, choisit le goth punk et des allures très sombres pour, selon elle, “embrasser la beauté dans le noir”.
Animée par une performance live du duo électronique Vowws, basé à Los Angeles, sa collection est une succession de silhouettes majoritairement noires. Mais ces teintes noires ne sont pas uniformes. Elles brillent, captent la lumière, elles illuminent au passage de leurs surfaces en cuir, en latex, en satin, en dentelles. Toutes ces différentes matières servent à montrer qu’une couleur et par extension appliquée à une chose, à un état d’âme, aussi sombre, triste ou morbide soit-elle peut avoir mille autres facettes et que “la joie peut être empreinte de tristesse et que l’amour peut être aigre-doux”, indiquait la note du show. Ainsi, quelques petites touches de couleurs, tels ces roses brodées et brocart d’or trouvés sur une veste ou ces motifs abstraits jaune d’or ou baroques roses, apportent un peu de lumière dans cette collection dans l’ensemble plutôt monotone.

Cerruti 1881 – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Cerruti 1881 Automne/Hiver 2019 - Paris Fashion Week

Comme bon nombre de créateurs de sa génération, Jason Basmajian mise sur la tendance association de sportswear et du tailoring pour explorer les différentes options offertes aux hommes de Cerruti. Des hommes pour qui, comme pour le fondateur de la maison Nino Cerruti qui fut le premier italien à infuser le sportswear dans ses collections, habiller est un art de vivre.
Dès les premiers looks de la collection, un costume à rayures ceinturé à la taille, le la est donné. S’ensuivirent des silhouettes pleines d’énergie où l’influence militaire, le sportswear et le workwear ne sont jamais très loin. Jason Basmajian envoie ainsi sur la piste une coupe-vent argentée, captant la lumière, associée à un long manteau noir aux épaules tombantes; une autre de couleur mauve portée avec un costume gris. Des modèles portent des sacs à dos sanglés sur la poitrine, tels des alpinistes en ascension. Une combinaison confectionnée dans un tissu légèrement ciré se dote d’énormes poches et d’empiècements en cuir tandis que plusieurs pièces optent pour le vert militaire qui, côtoyant d’autres couleurs : blanc, crème, bleu marine, olive, tabac, transforme ce vestiaire en une garde-robe sophistiquée pour explorateur urbain moderne.

Jil Sander – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Jil Sander Automne/Hiver 2019 - Paris Fashion Week

Le mot “Less is More” s’impose, avec évidence, à l’esprit lorsqu’on regarde ce tout premier défilé homme du couple Meier pour Jil Sander. L’esthétique minimalisme, les lignes pures, la recherche de tissus de la fondatrice sont là, au plus proche de sa vision. L’approche s’impose cependant plutôt comme une évolution qu’un simple hommage à l’ADN de la marque.
Les premiers looks dégagent une allure monacale, dans une palette bleue grise, avant que quelques éclats de couleurs (rouge bordeaux, bleu marine, beige, blanc et gris) viennent s’intercaler dans cet ensemble dominé par des teintes monochromes. La notion de dualité est très présente, entre rigueur et souplesse, voluptueux et austère, statique et mouvant, comme ce manteau oversize gris/bleu en laine suspendu par une sangle et porté à l’arrière d’un autre manteau court dans la même matière, ou encore cette grande cape bicolore associée à un long manteau gris porté avec un col roulé rouge bordeaux. Des clins-d’œil aux vêtements de travail se manifestent dans par exemple ces combinaison à zip ou dans ces pantalons dotés de fermeture éclair au niveau de genoux.

Maison Mihara Yasuhiro – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Maison Mihara Yasuhiro Automne/Hiver 2019 - Paris Fashion Week

La mode serait-elle un terrain de jeu pour les créateurs – un terrain de jeu où chacun dicte sa propre règle ? La réponse est oui pour le japonais Mihara Yasuhiro qui présentait sa collection pour l’hiver prochain au quatrième jour de la PFW.
Jeu, Mihara Yasuhiro le prend au mot, tant dans son sens académique et figuratif. En effet, pour comprendre la définition du jeu, direction Las Vegas, cocktail survitaminé planté en plein désert du Nevada et ville de tous les excès, connue pour ses innombrables casinos. D’ailleurs, le nom de Las Vegas, on le retrouve sur un sweat à capuche qui fait partie des premiers looks de la collection. Le thème du casino se décline par la suite tout au long du défilé : une table de roulette imprimée sur un foulard en soie ou sur un chandail; des mots tels : “Play”, “Remember” et autres retrouvés sur une multitude de pièces qui se superposent les unes sur les autres, dans un joyeux mélange de couleurs et de matières, pour créer des jeux intéressants de proportions et de volumes.
Ces pièces sont accompagnées de nombreux accessoires, en particulier des colliers qui sont faits avec des bouchons de bouteilles de boisson, de petits casseroles, de perles et certains ont été inspirés de ceux des tribus Amérindiens qui peuplaient jadis le territoire.

Berluti – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Berluti Automne/Hiver 2019 - Paris Fashion Week

Autre défilé très attendu et scruté par le petit monde de la mode : celui de Berluti qui a dévoilé sa première collection conçue par Kris Van Assche.
Sous les ors de l’Opéra Garnier, celui qui a régné pendant onze ans à la tête de la direction artistique de Dior Homme avait révélé une collection qui respectait à la lettre l’ADN et le patrimoine de grand chausseur de luxe français. La preuve en est du premier look qui ouvrait le bal : un magnifique costume ajusté, à la coupe impeccable, en cuir marron teint à la main, assorti à une paire de souliers en cuir patiné. L’ensemble reflète la fameuse couleur ombrée du cuir patiné, signature de la maison Berluti.
Cette patine, inscrite dans le patrimoine de la maison, laisse ensuite place à un défilé d’autres couleurs, toutes flamboyantes les unes que les autres : rouge, fushia, jaune, vert, bordeaux, bleu, marron, camel ainsi que différentes teintes de gris et de noirs. Toutes ces teintes se retrouvent et renvoient à un imprimé phare de la collection : celui inspiré des tables en marbre de la manufacture Berluti à Ferrare, en Italie, où des artisans teignent les chaussures, laissant derrière eux des anneaux de couleurs qui se confondent avec les veines du rocher aux motifs délicats. Ces imprimés marbrés prennent place sur des chemises, cravates, t-shirts à col roulé, tricots ainsi que sur les costumes et les manteaux. Le designer belge célèbre le patrimoine de Berluti, en marquant l’année de la création de la maison, 1895, sur les empiècements ornant un pantalon de moto. Autre hommage est la ligne de bijoux en forme de pompons qui ornent d’habitude les mocassins de la maison, ici ils sont épinglés sur les vestes, tout comme les colliers en cuir reprenant la patine des chaussures.
Parlant des chaussures. Si certains des costumes se portent confortablement avec des baskets blanches dont leur forme est une adaptation audacieuse du classique Alessandro, d’autres sont associés à des souliers emblématiques de la maison réinterprétés ici avec une pointe biseautée et asymétrique, soulignés parfois par des plaques de métal qui brillaient sous les projecteurs.

Juun.J – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Juun.J Automne Hiver 2019 - Paris Fashion Week

Le verbe “synthétiser”, selon la définition de Larousse, est le fait de “contenir en soi une synthèse, être la synthèse de différents éléments”.
Le créateur coréen Juun.J, de son vrai nom Jung Wook Jun, a fait de ce verbe – présent sur plusieurs pièces – le mot d’ordre de sa collection.
Cette synthèse de différents éléments, on la retrouve dans sa façon d’associer des éléments contrastés, que ce soient les matières, les motifs ou les couleurs. L’exemple le plus frappant est cette association de motifs carreaux et de camouflage ou cette combinaison d’un ensemble fortement streetwear à l’imprimé camouflage avec un blouson à capuche matelassé confectionné dans une matière argentée et irisée.
Son jeu de proportions volumineuses est cette saison pleinement assumé, notamment par sa collaboration avec la marque canadienne Canada Goose. Il a ainsi revisité plusieurs parkas de la marque (les Snow Mantra, The Resolute, The Expedition et le Ashcroft Hoody) et y a insufflé son esthétique minimaliste, truffé de détails techniques et utilitaires.

Ann Demeulemeester – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Ann Demeulemeester Automne/Hiver 2019 - Paris Fashion Week

Il n’y avait pas de bonne musique rock sans anarchie et qu’il n’y avait pas de bonne mode sans anarchie et rébellion”, a déclaré Sébastien Meunier, en marge de son show pour Ann Demeulemeester qui avait eu lieu dans l’une des salles d’exposition du Palais de Tokyo.

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En quelques mots, le créateur français avait résumé l’esprit de sa collection, dans laquelle il insuffle une ambiance rock, avec un peu moins de romantisme que les saisons précédentes.

Ainsi, une tunique façon chemise de nuit en soie rose poudrée se dévoile délicatement sous un manteau épais en fourrure. Un chandail à filet jaune fluo aux manches extra longues drape de manière indisciplinée un débardeur noir tandis qu’un autre débardeur transparent et à la coupe asymétrique se porte à même la peau, associé à un pantalon en cuir.
Tout ce mélange d’étoffes épaisses et tissus fragiles, d’enveloppé et de transparence, de noir et de couleurs, de proportions courtes et longues font de cette collection une nouvelle expression de la liberté et du non-conformisme.

Junya Watanabe Man – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Junya Watanabe Man Automne/Hiver 2019 - Paris Fashion Week

On a rarement vu, voire jamais auparavant, un casting composé autant d’hommes mûrs, surtout que la tranche d’âge des mannequins qui défilent se situent généralement de 17 à 25 ans.
J’ai voulu habiller les hommes de ma génération voire plus vieux”, affirmait Junya Watanabe, une volontée confirmée par la note du show : “la collection est l’expression de Watanabe d’un style pour hommes mûrs et branchés”.
Ainsi, des modèles d’un certain âge, aux tempes grisonnés et à la barbe blanchie, paradent fièrement dans leurs ensembles composés de veste aux manches tricotées, de pantalons à gros ourlets, de veste croisée aux manches en cuir, de gilets à rayures, de chemises à carreaux ou à rayures et j’en passe !
L’allure est définitivement décontractée, portée par la démarche nonchalante de ces mannequins amateurs dont certains au physique qui ne se prête pas aux normes conventionnelles du métier. Dans ce vestiaire sied parfaitement à tout homme lambda, Junya Watanabe prête une attention particulière aux détails, parfois étonnants : ici, des empiècements en velours apposés sur le devant d’une veste, là des patchworks cousus sur un denim. Il pare ses vestes des manches dans des couleurs et des matières contrastés et dévoile une multitude de pièces créées en collaboration avec Levi’s, New Balance, Canada Goose, Turnbull, Asser et Schott.
Le résultat est, bien qu’il soit un peu répétitif, est plutôt joyeux, élégant et transgénérationnel.

Vetements – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Vêtements Automne/Hiver 2019 - Paris Fashion Week

Une silhouette portant une chemise sur laquelle est imprimée une énorme lettre “A” inversée s’avance sur la passerelle en verre, au milieu des zèbres, des hyènes, des girafes et des hippopotames empaillés de la Grande Galerie de l’Évolution du Muséum national d’Histoire naturelle.
A” pour anarchie, mais aussi pour anonymat, derrière lequel se cachent les utilisateurs du Darknet, cet univers sombre crypté où l’anonymat est garanti et où l’anarchie fait loi. Ce besoin, ou nécessité pour beaucoup, de faire disparaître sa véritable identité sur ces réseaux cachés qu’est le Darknet, ces “coulisses dingues et flippantes de l’Internet” sont le thème qu’aborde Demna Gvasalia pour la collection AH19 de Vetements, son label fondé en 2009. Ce travail graphique poursuit avec d’autres slogans imprimés sur des sweatshirts et t-shirts du genre : “It’s Hocus Pochus Time, Bitches” (“Et maintenant abracadabra, garces !”), “This hidden side has been seized” (Ce réseau caché a été saisi !”, et plus ironiquement “It’s my birthday and all I got was this overpriced hoodie from Vetements” (“C’est mon anniversaire et la seule chose que j’ai eue est un hoodie hors de prix de chez Vetements”), “I survived swine flu, so now I’m vegan” (j’ai survécu à la grippe porcine, maintenant je suis végétalien). Ces slogans côtoient le logo de Interpol, l’organisme international qui traque les criminels, et d’autres messages qui font partie du vocabulaire de l’internet : “404 error”, “unavailable”, “Not Found” ou “request” qui furent imprimés sur un t-shirt à capuche oversize ou sur un denim surdimensionné.
Les clins-d’œil au Darknet apparaissent également dans les têtes entièrement couvertes de cagoule ou d’une sorte de voile greffée au capuche d’un parka, symbolisant la disparition de l’identité sur ces réseaux.
Du côté de style, l’actuel D.A de Balenciaga reste fidèle à ce qui a fait le succès de son label, teinté fortement du streetwear : associations de couleurs vives ou de pièces à l’affinité parfois improbable, des coupes très larges, jeans déstructurés, chaussettes colorées ou des grandes surchemises à carreaux.

Dries Van Noten – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Dries Van Noten Automne/Hiver 2019 - Paris Fashion Week

Quand de nombreux créateurs ont succombé au sportswear ou streetwear, Dries Van Noten reste droit dans ses bottes dans ce qu’il a toujours fait de mieux : le tailoring. La note de son show avait d’ailleurs précisé qu’il s’agit d’“un pas en arrière de la nonchalance et du sport” et que sa collection est “un point de vue sur la couture pour la prochaine génération”.
Pour ses hommes, il a choisi l’élégance classique, mais ce classicisme lui sert de base pour moderniser justement les costumes qui ont eu droit cette saison à une nouvelle définition apportée par le créateur belge.
Ainsi, le costume prend une nouvelle dimension, avec d’emblée une chemise blanche et une cravate, portée sur un pantalon à un seul pli taille haute qui ouvrent le bal. Cette silhouette simple, universellement élégante, enchaîne ensuite sur une veste croisée, aux épaules marquées, puis un costume à motif tie-dye. Ce motif se retrouve par la suite sur nombre de pièces, ici en all-over sur un costume, là à travers d’un imperméable avant d’imploser dans une explosion de couleurs sur les derniers looks qui clôturent le show.
Mais l’interrogation du créateur de ce qui sera le nouveau tailoring de demain ne se repose pas seulement dans cette palette de couleurs, parfois psychédélique, qu’il imprime sur ses pièces. Elle tient dans ses nouvelles propositions, comme cette vestes de maille croisée sur un pantalon large ou cette veste matelassée à rayures qui se porte comme un blouson sur un costume plus classique. Un magnifique costume beige aux épaules tombantes et légèrement ajusté, associé à un pantalon ample à la coupe hyper fluide, témoigne l’autre esprit de la collection : de la décontraction mais pas dans l’excès et une certaine retenue sans tomber dans le piège du formalisme.

Yohji Yamamoto – Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

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Yohji Yamamoto Automne/Hiver 2019 – Paris Fashion Week

Le noir, couleur de cœur du créateur japonais Yohji Yamamoto est cette saison l’unique star de sa collection. Une collection exceptionnelle aux allures militaires présentée à son siège des Halles.
Inspiration intarissable des créateurs, les uniformes de l’armée prennent chez le japonais une nouvelle dimension : sombre mais teintée d’espoir, rigueur rimant avec souplesse et définitivement poétique.
Ces uniformes, l’expression d’une forme d’autorité, se sont vues insufflées d’une impulsion artistique. Des ficelles blanches ont été utilisées pour broder des caractères sur les pans des manteaux; des motifs abstraits ornent les manteaux d’officier prussien; des cordes laquées nouées artistiquement à la place des boutons d’un manteau; des gros boutons dorés posés en oblique sur une veste et parsèment inégalement les pantalons; ou des motifs qui semblent inspirés des toiles d’araignée couvrent majestueusement ici un côté d’une veste ou une chemise, et là le pan d’une tunique. Cette poussée artistique va encore plus loin, comme en attestent ces boutons d’or qui se rangent comme une parure sur le devant d’une veste dont un côté se prolonge vers l’arrière, à la manière d’une tunique.
Le monde semble sans espoir, alors je voulais envoyer un message”, a-t-il déclaré. Son message ne tombe définitivement pas dans l’oreille d’un sourd !