SAINT LAURENT Printemps/Été 2024: L’ode d’Anthony Vaccarello à Berlin et à la Nouvelle Vague française

14 juin 2023
4 minutes de lecture
Saint Laurent - Printemps/Été 2024 - Berlin
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En ébranlant le monde de la mode avec un mélange intrigant de masculinité taillée et de délicatesse féminine, Anthony Vaccarello a mis en scène son défilé homme de SAINT LAURENT Printemps/Été 2024 à Berlin.

Un festin esthétique, la collection était parsemée de coupes larges aux épaules, un hommage à la fragilité forte drapée de soie pure ou de mousseline, indiquant que Vaccarello n’est pas du genre à éviter de repousser les limites de la mode.

La présentation avant-gardiste a trouvé ses premiers indices non pas dans un communiqué de presse traditionnel, mais sur Instagram. À l’ère numérique d’aujourd’hui, il est presque une condition préalable de fouiller les profils des réseaux sociaux des créateurs pour avoir un aperçu avant même que nous arrivions au lieu. Dans le cas de Vaccarello, c’était un extrait captivant en noir et blanc du film français, “Un Chant d’Amour”, posté quelques jours avant le défilé. Intitulée “Each Man Kills the Things He Loves”, la collection est la synthèse de Vaccarello entre le cinéma, la littérature et la mode, chuchotant des indices de ce à quoi s’attendre sur le podium.

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Pour ceux qui connaissent bien l’œuvre de l’écrivain français Jean Genet, le titre de la collection sonne immédiatement une cloche. C’est un verset chanté par Jeanne Moreau dans une adaptation cinématographique du célèbre roman de Genet, “Querelle de Brest”. Le fil conducteur de Moreau – une icône de la nouvelle vague française – et Rainer Werner Fassbinder – une légende du cinéma berlinois – était incontournable. On avait l’impression que Paris et Berlin, deux pôles de haute culture, s’étaient mariés sans effort sur le podium de Vaccarello, tissés dans le tissu de ses designs audacieux.

Cependant, le spectacle du Printemps/Été 2024 de SAINT LAURENT n’était pas simplement un jeu de chat et de souris avec des références. La présentation de Vaccarello à Berlin était un instantané de sa propre toile de vie, un reflet de ses jours en tant qu’étudiant à Bruxelles naviguant dans la vie nocturne de la ville. Chaque ville – Paris, Marrakech et maintenant Berlin – sert de jalon dans le parcours de design de Vaccarello. Ces emplacements offrent plus que de simples influences géographiques; ils font partie intégrante de l’univers YSL.

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Le défilé de Vaccarello à Berlin a été un coup de maître de rigueur et de subtilité. Son ethos de design résonnait magnifiquement avec la précision architecturale du lieu, la Neue Nationalgalerie conçue par Mies van der Rohe. Il s’efforce de graver la silhouette de sa collection dans l’esprit du public, cherchant à créer un design qui est articulé, vif, et dépouillé.

La collection, composée de 50 looks soigneusement sélectionnés, a démontré la tension quintessentielle de YSL entre “tailleur” et “flou” – une juxtaposition de vêtements structurés et d’habillement fluide, sensuel et aérien. Ce concept, bien qu’initialement dérivé de la mode féminine, a trouvé une place fascinante dans la mode masculine de Vaccarello. Il a élégamment réimaginé les contours de sa collection féminine pour la ligne masculine, subvertissant astucieusement les notions traditionnelles de masculinité.

Ce jeu entre les genres s’est reflété de manière éloquente dans les débardeurs en satin sous des vestes audacieusement coupées, les pantalons à taille haute, les chemises à pois coquettes, et les sweat-shirts noirs décontractés réinventés comme des tenues de soirée. Le défilé a ouvert et fermé avec des smokings qui reflétaient le langage de design unique de Vaccarello – des épaules larges, des pantalons étroits, des chemises à col haut, des nœuds papillon et un chic androgyne distinct.

Dans un commentaire révélateur en coulisses, Vaccarello a déclaré, “J’ai commencé à construire la collection autour de la forme de la femme maintenant portée par les hommes… Pour commencer quelque part de très classique, et puis jouer avec les codes de la masculinité”. Sa vision est venue à son terme avec un clin d’œil à “Querelle” de Moreau, encapsulant une scène où elle se drapait dans une veste d’homme, suggérant le flou des lignes de genre dans la mode.

Faisant écho à l’exploration de la fluidité des genres par Vaccarello étaient des éléments comme des taches de léopard ou des pois – motifs récurrents tout au long de la collection – apparaissant dans des chemises sensuellement enveloppées ou des hauts à une épaule. Ce dernier avait des cols de nœud papillon qui s’écoulaient vers le bas, évoquant le mystère d’un voile. Transformant des sweat-shirts noirs de tous les jours en looks de soirée couture, il a présenté une version décontractée des pantalons de smoking, ajoutant une couche de sophistication décontractée.

La réinterprétation du smoking traditionnel par Vaccarello mérite des applaudissements particuliers. Ces ensembles, tout comme le reste de sa collection, suivaient un schéma de design distinct : des épaules larges et bien définies juxtaposées à des pantalons minces. Infusés de chic androgyne, ils étaient évocateurs de l’esthétique iconique de Lydia Tar. Ce parallèle, bien que non intentionnel, a cimenté les sous-entendus inspirés de Berlin de la collection, car le film de Tar a été tourné et filmé dans la ville elle-même.

Le défilé homme SAINT LAURENT Printemps/Été 2024 n’était pas seulement un événement de mode, mais un récit spectaculaire entrelaçant la littérature, le cinéma et les expériences personnelles. L’art de Vaccarello réside non seulement dans son tailleur habile et ses designs méticuleux, mais aussi dans sa capacité à raconter des histoires captivantes à travers ses créations. Son engagement à repousser les limites, à expérimenter avec les normes de genre conventionnelles et à créer des pièces exceptionnelles continue de faire de lui l’un des designers les plus excitants de l’industrie. Avec cette collection, il réaffirme que la mode, tout comme l’art, est un langage universel qui transcende les barrières géographiques et culturelles.

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